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plus qu’à enregistrer administrativement ce fait
accompli.[3]
Votre lettre sera offi-
ciellement communiquée aux Membres de la Commission de Coopération Intellec-
tuelle qui la transmettront au Conseil de la Société des Nations; celui-ci en prendra
acte et avisera éventuellement au choix d’un successeur.
C’est en raison, je pense, de nos relations à Berlin que vous m’avez adressé votre
lettre de démission. Il m’est donc permis peut-être d’exprimer, à titre privé, cer-
taines réflexions personnelles.
Votre décision a été pour moi un coup aussi pénible qu’inattendu; rien dans les
rapports que vous avez entretenus jusqu’à ce jour avec le Secrétariat de la Société
des Nations, ne faisait prévoir, de votre part, une telle démarche.
C’est l’an dernier, au mois de mai, que le Conseil de la Société des Nations vous
a invité à bien vouloir faire partie de la Commission de Coopération Intellectu-
elle.[4]
En acceptant cette nomination, par votre lettre du 30
mai,[5]
vous avez dé-
claré que vous vous sentiez obligé de répondre à cet appel, vu que personne à notre
époque, disiez-vous, ne doit refuser de collaborer à une œuvre qui a pour but de ré-
aliser la coopération internationale.
Cependant, quelques semaines plus tard, au début de juillet, vous faisiez savoir
au
Secrétaire-Général,[6]
que par suite de circonstances qui vous étaient apparues
clairement depuis votre lettre du 30 mai, vous vous sentiez malheureusement
contraint de décliner cet honneur; vous affirmiez d’ailleurs que toute votre sympa-
thie restait acquise aux efforts poursuivis par la Société des Nations en vue d’amé-
liorer les relations internationales.
Cette lettre, si peu explicite, nous émut vivement à Genève. Des amis communs
m’ayant donné l’occasion d’entrer en relation avec vous, le Secrétaire-Général ac-
cepta que je me rende à Berlin pour vous y visiter. Nous eûmes dans cette ville, les
27 et 28 juillet, deux entretiens dont le souvenir est pour moi inoubliable.
Je vous exposai alors que votre retraite subite et non motivée pourrait porter un
grave préjudice à la Commission de Coopération Intellectuelle puisque le public
pourrait mal interprêter votre décision soudaine de nous retirer votre collaboration.
Avec une grande sincérité et en toute confiance, vous me fites connaître à ce mo-
ment les raisons particulièrement pénibles qui vous avaient mené à envisager votre
démission.
J’en fus très frappé. Nous ignorions entièrement ces circonstances. Je vous
déclarai que les difficultés de votre position personnelle en Allemagne me parais-
saient si considérables que les membres du Conseil de la Société des Nations n’au-
raient point, à mon avis, osé faire appel à vous s’ils avaient pu soupçonner que cette
désignation pourrait rendre votre situation à Berlin plus critique encore.
A ce moment, nous examinâmes ensemble, et en toute bonne foi, s’il convenait
dans ces conditions—nouvelles pour moi—de maintenir votre démission. Bien que
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